La DCRI dans une république bananière.

Un article paru dans Metro que nous reproduisons intégralement.
La DCRI a menacé un administrateur de Wikipedia qui refusait de supprimer un article sur une installation militaire française. Après la censure, l'article a été restauré et largement diffusé.<br />
 

La DCRI a menacé un administrateur de Wikipedia qui refusait de supprimer un article sur une installation militaire française. Après la censure, l’article a été restauré et largement diffusé.   Photo : installation militaire / Wikipédia

La DCRI censure une page Wikipedia, le net contre-attaque

SECRET DEFENSE- La DCRI a menacé un administrateur de Wikipedia qui refusait de supprimer un article sur une installation militaire française. Après la censure, l’article a été restauré et largement diffusé.

Malheur à celui qui sous-estime le pouvoir des internautes. Début mars, la DCRI (les renseignements généraux français) a contacté la Wikimedia Foundation, l’hébergeur de l’encyclopédie en ligne Wikipédia, au sujet d’un article concernant une installation militaire française. La Wikimedia Foudation a d’abord refusé de supprimer l’article, estimant que la requête n’était pas légitime. La DCRI a alors convoqué jeudi dernier un contributeur bénévole de Wikipédia pour qu’il supprime la page concernée devant les agents des renseignement. Menacé d’une garde à vue et d’une mise en examen, le bénévole s’est aussitôt exécuté.

Selon les renseignements généraux, l’article sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute (Auvergne) diffuserait des informations militaires classifiées sans autorisation légale. Un délit passible de sept ans de prison et 100 000 euros d’amende.  » La Wikimedia Foundation est habituée à collaborer sur requête judiciaire avec les autorités des différents pays de diffusion de Wikipédia. Elle reçoit des centaines de demandes de  retrait de contenu chaque année, et coopère de son mieux pour régler ce genre de problèmes lorsque les requêtes sont claires et juridiquement motivées », précise wikimedia dans un communiqué jugeant la demande de la DCRI infondée. Et selon Pierre-Carl Langlais qui tient un blog spécialisé sur les questions relatives à l’encyclopédie en ligne, la DCRI a agit en plus en contradiction avec la loi française. « Il n’est pas concevable d’exiger le retrait d’une information classifiée si l’on n’offre pas la preuve de sa classification », précise-t-il.

« L’effet Streisand »

« Contribuer à Wikipédia doit-elle devenir une activité risquée en France ? », s’interroge Wikimedia, qui « nadmet pas que lon utilise intimidation et méthodes expéditives contre un bénévole œuvrant pour un accès libre et gratuit à la connaissance ». Au ministère de l’intérieur, on estime qu’une mise en examen n’est pas une menace. « Dans un état de droit, on ne peut pas assimiler à une menace l’engagement d’une procédure judiciaire« , a répondu place Beauveau sur France Info. D’autant que ladite procédure est « engagée sur un passage qui pose problème à la sécurité nationale« , ont-ils ajouté.

La DCRI a bien cru pouvoir obtenir satisfaction facilement et rapidement. Mais c’était sans compter sur la détermination et la solidarité de la communauté 2.0. Non seulement l’article en cause a été restauré par un administrateur suisse, mais il a battu tous les records de visites. Il y a eu plus de lectures en une journée que depuis le début de sa création. « La DCRI vient de faire l’amère expérience d’un phénomène bien connu des internautes : l’effet Streisand« , ironise Pierre-Carl Langlais. Un effet né depuis qu’une chanteuse du même nom avait attaqué un photographe en 2003 afin d’éviter la diffusion d’une photo aérienne de sa maison. Publicité oblige, l’image avait été vue 420 000 fois. La DCRI ou l’arroseur arrosé, donc.

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