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Nicolas Sarkozy en Syrie, ce n’est pas Lawrence d’Arabie.

Christophe Boltanski et Vincent Jauvert journalistes au nouvel observateur ont refait le chemin de Damas de Nicolas Sarkozy, et c’est éloquent.
L’action commence en 2008.
L’ambiance est tendue, ce 15 juin 2008, quand les émissaires de Nicolas Sarkozy entrent dans le bureau de Bachar al-Assad à Damas. Un mois plus tard, le dictateur, si longtemps persona non grata à Paris, doit assister au défilé du 14-Juillet sur invitation du président français. Sa présence provoque déjà la polémique.
Afin d’adoucir les critiques, les Français ont mission de lui arracher un geste : la libération d’une poignée de prisonniers politiques malades. Comment lui, que plus personne ne reçoit, pourrait-il regimber ? Pourtant, d’un revers de main, le raïs refuse. « Ce fut un non net et brutal », confie l’un des émissaires élyséens, Boris Boillon, à un diplomate américain. Ce dernier interroge alors le Français : après une telle rebuffade, le président Sarkozy va-t-il annuler l’invitation ? Finalement, non. Boillon, gêné : « Nous ne ferons pas de la question des droits de l’homme une condition. » Conversation révélée par Wikileaks.
Depuis, pendant plus de trois ans, il a couvé l’homme de Damas comme aucun autre chef d’état, le recevant à plusieurs reprises avec tous les honneurs.
Aujourd’hui Nicolas Sarkozy – dont Assad était encore l’hôte en décembre dernier – n’a pas de mots assez durs pour condamner la répression sanglante en Syrie. Après avoir été le premier à réhabiliter son régime criminel, le président est devenu l’un de ses plus grands pourfendeurs. Comme si cette fermeté affichée servait à masquer ses compromissions et ses naïvetés passées. Comme s’il voulait faire oublier à quel point, pendant trois ans, son ami Bachar l’avait roulé. Il croyait pourtant dur comme fer avoir tout compris de la Syrie.
Tourisme avec Cécilia
En 1997, redevenu simple député pour cause d’alternance, il reçoit une invitation du parti Baas, au pouvoir depuis un demi-siècle. Trois jours d’entretiens avec des apparatchiks, notamment Farouk al-Chareh, alors ministre des Affaires étrangères. Cinq jours de tourisme avec Cécilia aux frais de ses hôtes. A l’issue de son périple, il se croit autorisé à écrire dans son livre « Libre » : « Après trois ans, [l’ambassadeur de France, ndlr] n’en connaissait pas beaucoup plus que nous en huit jours. »
Sarkozy repart de l’Orient compliqué avec des idées très simples sur la « tolérance religieuse » et la « fierté syrienne ». « Il est revenu avec le syndrome de Lawrence d’Arabie », plaisante l’un de ses anciens collaborateurs. Il n’en a ni le charisme ni l’allure.