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Fonctionnement du PS et de sa primaire.

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Par Cyrano

Eternel candide, je croyais que dans les partis de gauche, c’était les militants à jour de leurs cotisations qui élisaient leur candidat pour la présidentielle, et que c’était même LEUR privilège pour ne pas dire qu’il s’agit de leur seul rôle… J’avais donc compris que les primaires du Parti socialiste, comme en 2006, allaient opposer quelques candidats, et que ce serait donc, tout à fait logiquement, les militants qui allaient trancher pour 2012. Je m’amusais d’avance de savoir si, comme en 2008, la Fédération du Nord, soutenant Aubry, allait davantage tricher que la fédération des Bouches-du-Rhône, plutôt favorable à Royal, et qui allait oser soutenir Hollande. Bref, je riais d’avance des promesses que les féodaux locaux déguisés en responsables socialistes allaient arracher aux candidats : poste de premier ministre, ministères, embauches d’amis dans les régions, dans les conseils généraux, dans les conseils régionaux, le tout habillé, naturellement, par un alibi programmatique indispensable pour arriver aux grandes synthèses liées aux congrès du PS où on lit tout et son contraire !

Eh bien j’avais tout faux, preuve, sans doute, que je n’ai pas su évoluer. Ce sont les « fascistes » du Front national qui osent encore demander à leurs électeurs d’élire leur chef, et leur proposent de choisir entre Marine Le Pen ou Bruno Gollnisch. Ce sont les « réactionnaires » de l’UMP qui demanderont à leurs adhérents de choisir, entre Nicolas et Sarkozy sans doute, mais de choisir quand même …

Mais à gauche, on ne fait plus comme cela, on n’est plus sectaire, on est vraiment démocrate. Certes, en 2006, à l’occasion de la promotion de Ségolène Royal, le PS avait déjà franchi un premier pas, au nom de la modernitude, avec les adhésions à 20 euros, qui avaient permis à des dizaines de milliers de nouveaux adhérents PS – dont beaucoup n’y resteront que le temps de cette élection – d’avoir soudain plus d’importance que les militants historiques, qui payaient plus cher leur cotisation. A présent, il faut donc passer à une nouvelle étape, encore plus moderne que sous Ségolène ! C’est pourquoi le PS demande au peuple de France de voter pour le candidat de ses primaires, les 9 et 16 octobre. (1) Incrédule, je suis donc allé voir sur le site « Les primaires citoyennes », pour examiner comment cela allait se passer. Je n’en ai pas cru mes yeux. J’ai constaté de graves anomalies au regard de la politique et des batailles du Parti Socialiste de ces trente dernières années. Qu’on en juge :

D’abord, il faut être inscrit sur les listes électorales pour pouvoir voter. Mais c’est horriblement raciste, cela ! Quid de nos camarades clandestins, quid des musulmans étrangers contraints de prier sur les trottoirs ou sur la chaussée, quid de nos réfugiés tunisiens à qui Delanoé a payé l’hôtel ? Comment les maires socialistes de Paris et de Toulouse peuvent-ils organiser des votations citoyennes en faveur du droit de vote des étrangers (1% de votants à Toulouse), et ne pas appliquer cela pour leur parti ? Comment, le 15 février dernier, au Sénat, 26 maires, d’Angers, Aubervilliers, Bègles, Besançon, Caen, Chelles, Clichy-la-Garenne, Creil, Erstein, Grenoble, Illkirch-Graffenstaden, Les Ulis, Lille, Metz, Montbéliard, Nantes, Paris, Pau, Périgueux, Quimper, Reims, Rennes, Rouen, Saint-Denis, Strasbourg et Toulouse peuvent-ils faire la même demande, et ne l’appliqueraient-ils pas lors de cette primaire interne ? (2) Comment la camarade première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, peut-elle refuser au maire de Lille, Aubry Martine, cette juste revendication ?
Je ne doute pas que les fidèles lecteurs de Riposte Laïque vont saisir immédiatement les associations anti-racistes, pour qu’elles entament auprès des tribunaux les démarches nécessaires !

Je constate ensuite que les électeurs qui auront 18 ans lors de la présidentielle pourront voter lors de cette primaire, même s’il sont mineurs au moment du vote. Bizarre ! Mais mon sang ne fait qu’un tour quand je lis que les mineurs qui n’auront pas 18 ans au moment du mois de mai 2012 pourront quand même voter s’ils sont membres du PS, ou de son organisation de jeunesse, le MJS. Mais c’est une discrimination affreuse à l’encontre de la majorité de nos concitoyens mineurs qui ne sont pas membres du PS ! C’est la préférence socialiste ! Naturellement, je ne doute pas que les fidèles lecteurs de Riposte Laïque vont saisir immédiatement la Halde !

Je vais même beaucoup plus loin dans mes interrogations : à une époque où plus de 80 % des lois votées par nos députés sont des transpositions des lois votées par le Parlement européen (3), est-il normal que ce soit les seuls Français qui puissent voter pour le représentant du Parti socialiste, possible futur président de la République française ? N’est-ce pas un réflexe hexagonal quelque peu dépassé et archaïque que de ne pas ouvrir ce vote aux citoyens des 26 autres pays de l’Union européenne ? N’est-ce pas un réflexe cocardier qui rappelle les heures les plus sombres de notre Histoire ? La responsabilité de Nicolas Sarkozy, du débat sur l’identité nationale, et du vote sur le voile intégral, n’est-elle pas énorme dans cette démarche vichyste ? A une époque où l’UE somme la France de changer les règles de sa garde à vue, entend lui interdire de surveiller ses frontières et d’expulser les clandestins, lui intime l’ordre de se conformer à la législation européenne pour, par exemple, ouvrir la profession de notaire à des personnes de nationalité étrangère, comment peut-on accepter de priver des centaines de millions d’électeurs européens d’un droit de vote légitime ? Naturellement, je ne doute pas que les fidèles lecteurs de Riposte Laïque vont saisir au plus vite la Cour Européenne des Droits de l’Homme !

Au-delà de ces quelques détails, je constate donc que dans la démocratie participative version PS, ce ne sont plus les cotisants d’un parti qui doivent voter pour leur candidat, c’est le peuple dans son intégralité. Autrement dit, ce sont aussi les électeurs de Marine Le Pen et de Nicolas Sarkozy qui sont invités à choisir le candidat socialiste ! C’est quand même autrement plus moderne que la démocratie à l’ancienne, où seuls les adhérents à jour de leurs cotisations avaient le droit de s’exprimer…

Quant à savoir l’usage que les socialistes feront de la chose… il faut s’attendre au pire !

Il est vrai que les inimitables Verts, qui passent leur vie à donner des leçons au monde entier, nous avaient donné une magistrale démonstration du respect du vote des électeurs, en 2002. Les militants avaient voté pour Lipietz, mais, suite à quelques révélations peu glorieuses sur les liens du camarade candidat avec quelques régionalistes corses, les sondages étaient devenus tellement mauvais pour les prétendus écologistes que Voynet avait décidé de court-circuiter le vote de la base, au nom des intérêts supérieurs du Parti, et d’envoyer Noël Mamère au feu !

Il est vrai aussi que dans le registre du respect du vote des militants, et des citoyens, je n’oublie pas que la candidate socialiste, lors de sa campagne interne, puis lors de sa campagne présidentielle de 2007, avait juré, avec des trémolos dans la voie, que si elle était élue, les Français seraient invités à voter de nouveau par référendum, sur le Traité constitutionnel européen, dès 2008. Sitôt l’élection terminée, les camarades socialistes, dont Ségolène Royal et ses amis, se sont empressés de filer un coup de main au Président de la République, pour ratifier Lisbonne par la voie parlementaire, illustrant mieux que de longs discours leur mépris du peuple, qu’un Strauss-Kahn exprimait crument : « Dans cette affaire, il y avait eu deux conneries. La nôtre, d’abord, de demander un référendum à Chirac sur le TCE. Et celle de Chirac de nous avoir dit oui ».

J’espère naturellement que le brillant exemple de ces primaires socialistes fera école. Ainsi, NPA n’a plus de candidat, depuis qu’Olivier Besancenot a annoncé qu’il ne voulait pas devenir un homme politique comme les autres, et être candidat une troisième fois. Les mauvaises langues – nombreuses – ironiseront en disant qu’il préfère ne pas assumer l’échec prévisible de NPA. Pourquoi les Français ne seraient-ils pas appelés à choisir le candidat trotskiste ? Au nom de l’égalité républicaine, un groupuscule gauchiste doit avoir les mêmes droits qu’un parti de notables qui se croient encore socialistes ! Et, de manière perverse, je l’avoue, j’attends avec impatience la même démarche chez les Verts, où le baston prévisible entre Eva Joly, Nicolas Hulot, avec Duflot et Cohn Bendit dans les coulisses, me fait saliver d’avance !

Ces primaires devraient se dérouler dans 10.000 bureaux de vote, nous annonce le site organisateur. Fort bien, mais va-t-il falloir mettre les mairies de la République, les écoles publiques, au service du Parti socialiste aujourd’hui ? Cela serait fort peu républicain, mais dans un pays où les « élus du peuple » dilapident l’argent public sans vergogne, à Marseille ou à dans la Région Nord, il faut s’attendre à tout.

Le plus drôle (ou le plus triste ? ) est que bien évidemment, tout cela n’est que du théâtre. Sitôt Strauss-Kahn hors-jeu, il s’est trouvé des responsables socialistes pour remettre en cause l’idée des primaires, que leur parti avait pourtant décidé et voté quelques semaines auparavant. Pour l’instant, Aubry a l’air de tenir à ses primaires. Mais si des sondages confirment que l’onde de choc DSK est telle que la gauche risque d’être absente du deuxième tour, comme dix ans plus tôt, on peut faire confiance aux apparatchiks de tous les partis pour exiger une candidature unitaire de toute la gauche, au nom de la défense « des valeurs de progrès et de la démocratie », bien évidemment, et du nécessaire combat contre « la bête immonde », bien sûr ! On verra alors les Verts et Mélenchon sommés de retirer leur candidature, et monnayer leur retrait contre un nombre de postes de députés conséquents, bien sûr.

Ils pourront également conditionner leur retrait au fait que le candidat unique de toute la gauche soit celui qui leur agrée… même si les électeurs auront voté autrement, quelques semaines plus tôt !

Pauvres militants socialistes ! A défaut d’avoir le droit de choisir leur candidat aux présidentielles, ils se croyaient encore les garants du combat anti-raciste, marqueur des valeurs de la gauche. Et voilà qu’un nommé Ponocrates, dans cet article impitoyablement lucide, leur retire leurs dernières illusions ! (4)

« Ce en quoi MM. Badinter, Kahn, Lang et Lévy sont d’admirables professeurs (…) Tous les quatre sont des patrons ou des quasi-patrons ; leur ami aussi. La plaignante a été agressée sur son lieu de travail. En défendant le patron, et non la travailleuse, ils s’accommodent de la brutalité des rapports de force. Tous les quatre sont des hommes d’influence ; leur ami est influent dans le monde entier ; en prenant son parti, ils tiennent que les ors du pouvoir ont plus de valeur que la plainte d’une femme seule. Tous les quatre sont bac + 15 ; leur ami est lui-même bac + 15, son accusatrice est bac – 15 ; peut-être ne sait-elle ni lire, ni écrire. C’est mépris pour les Bac – 15 que de donner raison en toute circonstance aux Bac + 15. Tous les quatre sont français. Leur ami est français comme eux, mais Mme Diallo n’est que guinéenne. En défendant le Français, ils se plient à la règle de la préférence nationale, qu’ils honnissent quand, du haut de leur chaire, ils jouent les vertueux offensés. Tous les quatre sont blancs. Leur ami l’est aussi, mais Mme Diallo ne l’est pas. En optant pour l’identité raciale, ils accréditent le racisme, le vrai, celui du sang. (…) M. Strauss-Kahn est de gauche. MM. Badinter, Kahn, Lang, Lévy aussi. Il suinte d’eux toutes les formes possibles et imaginables de racisme, ce qui atteste que la gauche, la belle gauche morale, vertueuse, prude, qui assène des leçons au monde entier, campe désormais chez les patrons, les riches, les nantis, les prédateurs, les puissants, les racistes, etc. »

Les partisans de Dominique Strauss-Kahn, et le laboratoire d’idées Terra Nova, nous expliquaient qu’il fallait remplacer les travailleurs, jugés trop réactionnaires, par de nouveaux immigrés. La direction du PS, dans la même logique, ne juge plus que ses militants soient capables de désigner leur candidat ! Quand on est de gauche, peut-on encore voter pour « cette gôche qui n’est plus la gauche », qui méprise autant son peuple que ses militants ?

Nicolas Domenach, J. julliard, les corniauds du socialisme et du journalisme…