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Gérard longuet, après Woerth, Alliot-Marie….


Gérard Longuet dit « La relaxe ».

Décidément, Nicolas Sarkozy a du nez pour choisir ses collaborateurs…. Gérard Longuet est visé aujourd’hui par une plainte pour prise illégale d’intérêts…
Face à la grogne croissante de l’opinion publique devant les affaires à répétition de conflits d’intérêts, d’abus de privilèges et de soutiens politiques contestables, qui minent la popularité de l’exécutif, Nicolas Sarkozy vire Alliot-Marie.
Pourtant, en choisissant de faire entrer Gérard Longuet au gouvernement, Nicolas Sarkozy prend le risque de devoir faire face à de nouvelles polémiques. S’il n’a jamais été condamné, l’ancien patron de la majorité UMP au Sénat possède en effet un passé judiciaire complexe, et continue d’être à l’origine de polémiques régulières, le plus souvent dues à son « franc-parler »rapporte Le Monde.

La plus importante affaire judiciaire concerne le financement du Parti républicain. Le juge Renaud Van Ruymbeke enquête sur des soupçons de détournement de commissions dans le cadre d’un marché d’adduction d’eau à Nantes. Une seconde affaire éclate au même moment, en rapport avec la construction par le ministre d’une villa à Saint-Tropez, pour laquelle il est soupçonné de recel d’abus de biens sociaux, avant d’être relaxé en 1998.
Dans l’affaire du financement du Parti républicain, au terme de rebondissements judiciaires interminables et contestés (la juge Isabelle Prévost-Deprez, qui instruit l’affaire, estime en 2003 que « Gérard Longuet aura bénéficié d’un étrange ‘découpage’ des faits à l’occasion du traitement de l’ensemble des poursuites le concernant »), il bénéficiera finalement d’un non-lieu en 2010.
Il apparaît également lors du procès des marchés publics d’Ile-de-France, au cours duquel il est poursuivi pour recel de corruption, mais il bénéficie là encore d’une relaxe, prononcée en 2005.
C’est à cette période que le milieu lui attribuera le surnom de « la Relaxe ».
Gérard Longuet est un parlementaire très actif dans le civil. En 1986, il fonde une société de conseil baptisée Avenir 55. Celle-ci fournit à des grands groupes des prestations de conseil et des rapports. Mais la justice soupçonne lesdits groupes d’embaucher la société essentiellement pour bénéficier de l’entregent de l’ancien ministre.
La société Cogedim lui verse ainsi 172 000 euros pour un contrat de conseil considéré comme fictif par la juge Prévost-Deprez, qui n’a trouvé que deux rapports rédigés par Gérard Longuet, des copies d’ouvrages déjà publiés (lire cet article du Nouvel Observateur). Le parlementaire sera également relaxé dans cette affaire, en partie prescrite au moment du jugement. D’autres contrats douteux sont relevés par la justice, qui ne trouve pas de traces correspondant à l’activité pour laquelle la société a été rémunérée, mais aucune condamnation n’est prononcée.
L’affaire ne dissuade pas Gérard Longuet de la pratique du conseil aux entreprises. Administrateur de quelques sociétés en 2001 et 2005, il crée en 2004 une nouvelle structure, Sokrates Group, qui conseille de grands groupes financiers. Parmi ceux-ci, comme le relève Mediapart en 2010 (lien payant), le groupe Suez, toujours en attente d’une fusion avec Gaz de France, le charge en 2008 d’une « réflexion sur le déploiement du nucléaire en France ». Gérard Longuet est alors sénateur, membre de la commission de l’énergie du Sénat. Il dit avoir quitté sa mission lorsqu’il est devenu chef de groupe parlementaire à la haute assemblée.
En plus de son travail parlementaire et de ses activités de conseil, Gérard Longuet trouve également le temps de se consacrer à d’autres activités. Depuis 2005, il préside ainsi l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), structure de financement au rôle flou malgré quatre milliards d’euros de budget, au point que la Cour des comptes recommandera sa suppression en 2009. Un décret transforme en 2005 ce poste, bénévole, en travail rémunéré, 3 500 euros par mois. L’AFITF met en outre à disposition de M. Longuet un véhicule avec chauffeur.
Enfin, Martin Hirsch, ancien haut commissaire aux solidarités actives du gouvernement, relate, dans son livre Pour en finir avec les conflits d’intérêts (Stock, 2010), comment Gérard Longuet a profité, lorsqu’il avait en charge les postes et télécommunications, entre 1986 et 1988, de timbres rares qu’il recevait à titre honorifique et qu’il a par la suite revendus, pour plusieurs centaines de milliers de francs. Ce qui lui aurait permis de payer en grande partie sa maison de Saint-Tropez. Gérard Longuet démentira que la maison ait été « payée en timbres », et parlera de « 1 000 euros par mois » de rémunération

Donc, le nouveau ministre de la Défense se voit reprocher une prise illégale d’intérêts rapporte ce jour l’Express: le sénateur de la Meuse avait été rémunéré en 2009 par GDF Suez pour une mission de conseil alors même qu’il traitait des sujets liés à l’énergie au sein d’un groupe parlementaire.
Une plainte contre X pour prise illégale d’intérêts, recel, blanchiment, escroquerie, abus de confiance et abus de biens sociaux sera déposée dans la journée, auprès du procureur de la République de Paris par Jean-Marie Kuhn, actionnaire minoritaire de GDF Suez. Cette plainte vise Albert Frère, premier actionnaire privé du groupe énergétique et…. Gérard Longuet.
L’auteur de la plainte reproche à ce dernier l’exercice d’une mission pour GDF Suez alors qu’il était sénateur, membre du groupe d’études de l’énergie. Une double casquette qui, selon Jean-Marie Kuhn, a placé Gérard Longuet dans une situation de prise illégale d’intérêt.
« Pendant ces quinze mois [en tant que conseiller de GDF Suez] M. Longuet, au Sénat, va défendre les positions favorables [à ce groupe], notamment en vue de l’adoption de la loi NOME (Nouvelle organisation du marché de l’électricité) » est-il écrit dans la plainte. L’attaque de Jean-Marie Kuhn vise l’activité de lobbying exercée par Gérard Longuet durant la période préparatoire de la future loi NOME. Celle-ci a été discutée au Parlement et votée l’an dernier.
Quant à Albert Frère, l’auteur de la plainte lui reproche d’avoir fait attribuer ce contrat à Gérard Longuet.
Cette nouvelle procédure de Jean-Marie Kuhn, menée par l’avocat William Bourdon, s’inscrit dans le long conflit qui l’oppose au groupe d’origine belge au sujet, notamment, des conditions de la vente par Albert Frère à la fin de 2006, de la chaîne de restauration Quick à la Caisse des dépôts et consignations.

William Cardspeare