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Bernanke fait flamber les matières premières… et la révolution en Libye


Par Bill Bonner

Eh bien, que pensez-vous de ce Ben Bernanke… Il lutte pour la liberté ! Regardez ce qu’il a fait au Proche-Orient !
Chaque fois que nous ouvrons un journal, un autre dictateur semble tomber. Où est-ce que ça nous mène, nous demandons-nous ? Que serait le monde sans dictateurs ? Sans eux, à qui les services secrets donneraient-ils notre argent ?
Le dernier en fuite (mais qui n’abandonne pas tout à fait), c’est Mouammar Kadhafi, en Libye.
Attendez… Est-ce un ennemi ou un ami ? Nous ne nous en souvenons plus. N’était-il pas contre nous il y a quelques années ? Mais récemment, nous avons entendu dire qu’il était passé de notre côté. Il a aidé les Etats-Unis dans leur guerre contre le terrorisme. Et il vend du pétrole.
Ami ou ennemi, nous n’en savons rien… mais quel qu’il soit, il semble qu’il appartiendra bientôt au passé. Les journaux annonçaient hier qu’il avait perdu le contrôle de la deuxième ville du pays. Ses troupes tirent sur les manifestants dans la capitale, où il s’est enfermé dans quelques bâtiments gouvernementaux avec ses gardes loyaux.
Son fils a juré de se battre. Il annonce qu’il coulera « des rivières de sang » avant qu’il n’abandonne.
L’image des « rivières de sang » a été utilisée par Enoch Powell en Grande-Bretagne il y a 50 ans. Elle provient de l’Eneide de Virgile, dans laquelle un personnage prédit « des guerres, de terribles guerres, et le Tibre écumant de sang ».
Powell faisait référence aux effets en Grande-Bretagne de l’immigration provenant d’Afrique et d’ailleurs. Il pensait voir arriver des guerres raciales et des luttes pour le pouvoir.
Mais Kadhafi fils utilise le langage comme menace, non comme prophétie.
Quoi qu’il en soit, ça n’a guère aidé Powell. Peut-être que Kadhafi aura plus de chance. Il est plus probable qu’il fuie le pays avant que le sang en question soit le sien. Cela portera à trois le nombre de changements de régime ces dernières semaines. Ce qui nous amène à nous poser une question : que se passe-t-il ?
La réponse vient de notre vieil ami Jim Davidson. Pour lui, Ben Bernanke est à l’origine de la révolution. Derrière le mécontentement populaire ne se trouvent ni le désir de liberté ni l’appel des élections — mais la nourriture. Et derrière la hausse des prix de la nourriture se trouve Bernanke.
Le monde arabe est un modèle de désastre malthusien, déclare Davidson. La population a grimpé en flèche. Pas la production alimentaire. Ce qui fait des pays arabes les plus grands importateurs de céréales au monde. Et lorsque le prix de la nourriture grimpe, les masses se soulèvent.
Eh bien, que pensez-vous de ça, cher lecteur ? Tous ces milliards de dollars dépensés pour installer des dictateurs — 70 milliards, tel était le coût du soutien américain à Hosni Moubarak rien qu’en Egypte — et voilà que la Fed arrive et les renverse.
La Fed diminue le prix de l’argent de manière à ce que les spéculateurs puissent emprunter sous le taux d’inflation. Puis elle imprime des milliers de milliards de dollars supplémentaires — simplement pour décorer la masse monétaire mondiale.
Faut-il s’étonner que les prix de l’alimentation grimpent ? Imaginez que vous êtes fermier… ou spéculateur. Vous pouvez vendre de la nourriture, ou la stocker. Vous savez qu’elle est précieuse. Vous savez que le monde a plus de bouches à nourrir chaque jour. Vous savez que la production alimentaire est limitée. Et vous savez que Ben Bernanke peut imprimer un nombre illimité de dollars. Que faites-vous ?
Est-ce que vous vendez immédiatement ? Ou bien est-ce que vous traînez les pieds… et gardez vos précieuses céréales tandis que les prix atteignent de nouveaux sommets ?
Davidson nous dit : « tandis que M. Bernanke décline modestement toute responsabilité dans la déstabilisation d’une bonne partie du monde, des analyses attentives confirment qu’il a joué le rôle de délateur. Son programme de ‘QE2’ consistant à contrefaire des milliers de milliards de dollars à partir de rien a contribué à allumer un marché haussier galopant sur les matières premières et l’alimentation — une hausse de 28% ces six derniers mois. Le fait que le dollar américain ait été jusqu’à présent la devise de réserve mondiale signifie que quasiment tous les prix des matières premières sont libellés en dollar. Ce sont des mathématiques simples : lorsque le dollar baisse, les prix des commodities tendent à grimper ».
Aujourd’hui, la Libye. Demain… le Yémen ? Ou l’Arabie Saoudite.