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Philippe Courroye, Nicolas Sarkozy, qui sont-ils

Si les français connaissent bien Nicolas Sarkozy, ils connaissent probablement moins Philippe Courroye dont on entend pourtant souvent le nom.

Après des études de droit et à l’Institut d’études politiques de Paris, il intègre l’École nationale de la magistrature. En décembre 1986 il est nommé juge d’instruction au tribunal de grande instance de Lyon. Entre 1992 et 1994, il instruit notamment les affaires concernant les hommes politiques Michel Noir et Alain Carignon. En octobre 1996, il est promu substitut du procureur général siégeant à la cour d’appel de Lyon. Le 20 juillet 1999, il rejoint le pôle financier du tribunal de grande instance de Paris comme premier juge d’instruction. À ce titre, il instruit de nombreuses affaires dont celles de Pierre Falcone, Charles Pieri ou du Crédit lyonnais.
Il est le magistrat instructeur de l’affaire du trafic d’armes vers l’Angola (Angolagate)1, du financement illégal du RPR (Rassemblement pour la République), du volet français de l’affaire Pétrole contre nourriture, du dossier Pierre Bédier.

Il rend un non-lieu dans le dossier visant les « frais de bouche » des époux Chirac à Paris, pour cause de prescription.

Il est nommé avocat général près la cour d’appel de Versailles pour exercer les fonctions de procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nanterre par décret du 8 mars 2007. Fin 2007, il classe « sans suite l’enquête préliminaire de police sur les conditions d’achat par Nicolas Sarkozy d’un luxueux duplex à Neuilly ».

Il reçoit des mains du Président de la République Nicolas Sarkozy, les insignes d’officier de l’Ordre national du mérite le 24 avril 2009

Il ouvre une enquête préliminaire dans l’affaire sensible Affaire Woerth-Bettencourt, bien que son nom soit cité à plusieurs reprises dans les enregistrements réalisés par un ancien employé de maison de Liliane Bettencourt.

Depuis il a ouvert plusieurs autres enquêtes préliminaires dans cette affaire tentaculaire. A ce jour, ce n’est pas moins de six enquêtes qui sont ouvertes et conduites par lui dans cette affaire. Pour autant, il refuse toujours d’ouvrir une information judiciaire, malgré les demandes de plusieurs membres de l’opposition et de magistrats. Philippe Courroye répond: « Les critiques « m’indiffèrent et j’y suis habitué. Je n’ai pas à me justifier ni à me défendre ».
Il dispense également le cours de « Droit Pénal Économique » à Sciences Po Paris.-
Sa situation de premier plan, son passage du siège au parquet directement comme Procureur de Nanterre et le type d’affaires qu’il a eu à traiter l’ont exposé à plusieurs polémiques. Le nombre de polémiques dont il est l’objet depuis sa nomination au parquet de Nanterre, tient peut-être au fait que depuis ce moment, il est en conflit quasi-ouvert avec d’autres magistrats. Selon Marianne, journal de gauche« Courroye est l’incarnation de la porosité entre le parquet et le pouvoir. » Selon Libération, autre journal de gauche il est « très compréhensif avec le pouvoir ».

Charles Pasqua annonce le 12 novembre 2009 qu’il dépose plainte contre le juge Courroye pour le procès de l’Angolagate, du fait que l’instruction a été menée à charge, l’accusant d’avoir été partial en ayant caché des documents en sa faveur.

Il est nommé avocat général près la cour d’appel de Versailles pour exercer les fonctions de procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nanterre (décret du jeudi 8 mars 2007 signé par le Ministre de la Justice, Pascal Clément) contre l’avis du Conseil supérieur de la magistrature , avis donné en raison du manque d’expérience de ce magistrat au parquet. Cette nomination suscite des réactions hostiles des syndicats de magistrats, le Syndicat de la magistrature qui dénonce « un verrouillage par la droite des postes stratégiques ».

Depuis juin 2009, Philippe Courroye est soupçonné par différentes sources d’utiliser les moyens de la justice pour une affaire le concernant directement et ce avec une débauche de moyens qui prête à polémique, au sein de l’affaire dite « des lettres », qui fait référence à des lettres d’insulte que le juge aurait reçues personnellement (Deux lettres font déraper le procureur Courroye, Mediapart, 4 juin 2009), Fabrice Arfi, journaliste au quotidien d’investigation Mediapart révèle que des traces de l’ADN de Philippe Courroye ont été retrouvés sur lesdites lettres, alors que c’était le juge en personne qui avait commandité l’enquête. De plus, les moyens mobilisés pour cette enquête, anodine au demeurant (pas de menaces particulières), avaient déjà mis en émoi policiers et magistrats, ces derniers dénonçant une attitude contraire aux principes de justice.
Selon Mediapart (article daté du 4 juin 2009): « le magistrat observe par ailleurs que s’il n’a «pas vocation à rendre publique cette affaire», il «ne voit pas pourquoi il n’aurait pas le droit de lancer une enquête». Quant à savoir pourquoi il n’a pas déposé plainte, Philippe Courroye affirme: «Je n’en ai pas besoin.» C’est précisément ce que certains lui reprochent.
Le 24 avril 2009, Philippe Courroye est promu officier de l’ordre national du mérite par Nicolas Sarkozy qui le présente comme son « ami ». A cette occasion, Nicolas Sarkozy déclare: « On nous reproche de nous connaître, mais cela ne l’a pas empêché de faire son métier, ni moi le mien ». Le président oublie de préciser « honnêtement ».

Selon Le Point, « Philippe Courroye, qui n’a jamais caché sa proximité avec le président Nicolas Sarkozy, est un magistrat contesté dans la profession » et s’oppose régulièrement, depuis plusieurs mois, à Mme Isabelle Prévost-Desprez, présidente de la XVe chambre, « sur de nombreux dossiers au sein de leur juridiction », et notamment sur la procédure judiciaire opposant Françoise Bettencourt-Meyers à François-Marie Banier. La fille de Mme Liliane Bettencourt estime que M. Banier a abusé de la faiblesse de sa mère pour obtenir des dons dont le montant atteint près d’un milliard d’€uros.

Dans le cadre de l’enquête préliminaire menée sous l’autorité de Philippe Courroye, des investigations sont menées par la Brigade financière. En 2008, celle-ci considère disposer d’éléments sérieux justifiant d’éventuelles poursuites, à partir d’un faisceau d’éléments qui « tendent à confirmer l’existence » du délit d’abus de faiblesse. Pourtant, au motif que Liliane Bettencourt avait refusé de se soumettre aux expertises médicales, Philippe Courroye classe sans suite (le 3 sept. 2009) la plainte de Françoise Bettencourt-Meyers à l’encontre de M. Banier. Une décision qui avait été annoncée plusieurs semaine à l’avance à Mme Liliane Bettencourt via le conseiller justice de Nicolas Sarkozy, comme le montre des enregistrement pirates effectués par l’ancien majordome de Mme Liliane Bettencourt. Après l’ordonnance de classement Mme Françoise Bettencourt-Meyers a donc effectué une citation directe à l’encontre M. François-Marie Banier, toujours pour abus de faiblesse. À l’heure actuelle, la XVe chambre examine cette citation directe.
Lors de la première audience, le 1er juillet 2010, Mme Prévost-Desprez a décidé un supplément d’information et déclaré sa formation (la XVe chambre) compétente pour expertiser les écoutes, contre l’avis du parquet de Nanterre, alors que celui-ci avait déjà ouvert une enquête pour atteinte à la vie privée comportant elle aussi une expertise des enregistrements pirates. Le parquet a immédiatement fait appel de cette décision avec une requête en examen immédiat. Ce qui a pour effet d’empêcher Mme Prévost-Desprez de commencer son expertise et même tout supplément d’informationNote 1. Toutefois la cour d’appel s’est prononcée en un temps record et a rejeté l’appel du parquet le 13 juillet 2010, ce qui aurait dû permettre à Mme Prevost-Desprez de commencer tout de suite son supplément d’information et l’expertise associée. Toutefois, le 16 juillet 2010, le Procureur Courroye refuse de transmettre le dossier et surtout les transcriptions des enregistrements en prétextant qu’une partie civile (Mme Liliane Bettencourt par l’intermédiaire de Me Georges Kiejman) a aussi fait appel de cette décision et que cet appel n’a pas encore été examiné. Pourtant, il n’est pas du tout sûr qu’un tel appel, fait par une partie civile, soit « suspensif ».
Affrontement entre le Procureur et la Présidente de la XVe chambre.
Le Monde qualifie même de « guerre d’ego » l’opposition entre Philippe Courroye et Mme Prévost-Desprez. On peut y percevoir aussi une opposition de fond, Mme Prévost-Desprez semblant « se poser un peu plus en défenseure des juges d’instruction », alors que Nicolas Sarkozy a annoncé la suppression de la fonction de juge d’instruction en janvier 2009, tandis que M. Courroye aime « à prouver son indépendance de pensée».
« M. Courroye et Mme Prévost-Desprez se sont connus au Pôle financier du tribunal de Paris en 1999. Ils y sont alors tous deux juges d’instruction. Liés les premières années par une grande complicité, ils instruisent ensemble l’affaire de l’Angolagate.
Mais, peu à peu, l’entente se fragilise. Et se transforme en une haine tenace. Isabelle Prévost-Desprez, la première, quitte Paris pour Nanterre en 2003. Aujourd’hui vice-présidente du Tribunal de grande instance, elle préside la prestigieuse quinzième chambre correctionnelle, dédiée aux affaires financières. […]
Pour Isabelle Prévost-Desprez, qui a publié en mai 2010 un ouvrage au vitriol intitulé Une juge à abattre, c’est l’affaire des comptes piratés de Nicolas Sarkozy qui a constitué le vrai choc frontal. La magistrate s’est distinguée en juillet 2009 en repoussant à la fin de son mandat présidentiel l’octroi à Nicolas Sarkozy de dommages et intérêts, au nom du principe de l’égalité des armes devant la justice, le président ne pouvant lui-même être poursuivi durant son mandat. Le 8 janvier [2010], la Cour d’appel de Versailles a infirmé cette décision.
« Brutalement, j’ai été considérée comme une ennemie », écrit la juge, affirmant avoir ensuite été placée sous surveillance par le parquet.
L’affaire Bettencourt, dans laquelle Mme Prévost-Desprez a pris à plusieurs reprises des décisions contraires aux réquisitions du parquet, n’est qu’un épisode de plus dans cette bataille.»
« Le 7 décembre [2009], Philippe Courroye, qui n’a jamais caché sa proximité avec le président Nicolas Sarkozy, adresse une lettre à la présidente du Tribunal de grande instance (France) (TGI) de Nanterre. » Celle-ci est considérée comme une lettre de remontrance contre Mme Prévost-Desprez, ce qui «provoque un tollé dans la profession», alors que «les syndicats crient au « scandale »».
« Isabelle Prévost-Desprez est entendue par sa hiérarchie, qui s’empresse de classer l’affaire, sans prononcer aucune sanction. Histoire de marquer le coup, en janvier, plusieurs dizaines de juges et avocats boycottent le discours de Philippe Courroye à l’audience solennelle de rentrée». «Lorsque le procureur a pris la parole, les magistrats et avocats, en robe, ont quitté la salle les uns derrière les autres, silencieux. Ils ne sont revenus qu’une fois terminé son discours, près d’une heure plus tard.
Une motion de protestation a été lue à l’extérieur, qui dénonce l’initiative de M. Courroye »

Cette opposition entre le juge Philippe Courroye — lui-même mis en cause dans les écoutes — à Isabelle Prévost-Desprez, présidente de la 15e chambre au TGI de Nanterre est même le principal argument que Martine Aubry, première secrétaire du parti socialiste, a mis en avant pour demander que la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, saisisse le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour que l’affaire Bettencourt soit « dépaysée dans un autre tribunal » que celui de Nanterre.
Le nom de Phlippe Courroye est mentionné à plusieurs reprises dans des enregistrements réalisés clandestinement en 2009 et 2010 par le majordome de Liliane Bettencourt, premier actionnaire du groupe L’Oréal et l’une des trois premières fortunes de France, au domicile de cette dernière, situé à Neuilly.
Après la publication d’extraits de ces enregistrements par Mediapart le 16 juin 2010, il réagit très vite et ouvre une enquête préliminaire pour atteinte à la vie privée. Le 17 juin, alors même que les plaintes de Liliane Bettencourt et de François-Marie Banier ne sont pas encore déposées, il fait placer en garde à vue, l’ancien majordome de Mme Bettencourt, son ancienne secrétaire Claire Thibout, ainsi que son mari. La durée de celles-ci est ensuite portée à 48 heures. Au sortir de ces gardes à vue, Me Antoine Gillot l’avocat du majordome déclare: « Il serait peut-être bien maintenant que l’on s’intéresse davantage au fond, c’est à dire à ce que révèlent ces enregistrements sur la santé de Mme Bettencourt et comment son entourage se comporte avec elle ».
Après une déclaration d’Eric Woerth le 25 juin 2010, il réagit le jour même par un communiqué. Il y affirme avoir alerté l’administration fiscale en janvier 2009 sur de possibles fraudes dans cette affaire, sans préciser toutefois si cette signalisation visait le seul François-Marie Banier ou concernait aussi Liliane Bettencourt. Plusieurs élus du Parti socialiste, ainsi qu’Eva Joly d’Europe Ecologie, s’interrogent alors sur un éventuel conflit d’intérêt le concernant, dans ce qui est déjà l’Affaire Woerth-Bettencourt, alors que la seule procédure qui est ouverte vise à réprimer l’éventuelle atteinte à la vie privée constituée par ces enregistrements. Ces élus demandent à la fois l’ouverture d’une information judiciaire et le dépaysement du traitement de l’affaire, le Parquet de Nanterre ne présentant plus pour eux les garanties d’indépendance et de neutralité nécessaires.

Les enregistrements révèlent qu’en 2009, Philippe Courroye pourrait avoir communiqué à la Présidence de la République son intention de déclarer irrecevable la plainte de la fille de madame Bettencourt pour abus de faiblesse.
La presse et l’opposition s’émeuvent surtout du fait que cette communication a été effectuée plusieurs semaines à l’avance en fournissant la date précise (3 sept. 2009) où l’ordonnance d’irrecevabilité serait rendue.

Nous attendons avec impatience les observations de Philippe Courroye.