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Henri Proglio, Tout sera lumineux chez EDF…

Henri Proglio est un patron qui fait du private public relation comme en attestent les excellentes enquêtes de « Libération ».
Comme nous le supposions dans un précédent article, Henri Proglio n’a pas grand chose à faire dans ses divers postes, ce qui lui laisse le temps de faire des connaissances…

Articles parus dans Libération:

Parler de Veolia Environnement, c’est occulter l’histoire et sous-estimer l’influence. L’entreprise dont Henri Proglio a, en trente-sept ans, grimpé tous les échelons jusqu’à en devenir le patron incontesté est mieux connue du grand public sous le patronyme de Compagnie générale des eaux. Un marchand d’eaux en cheville depuis toujours avec des élus locaux, de droite comme de gauche et, ironie de l’histoire, spécialement en banlieue rouge. Pas vraiment la tasse de thé du PDG, qui n’a jamais caché ses amitiés chiraquiennes, mais aux affaires comme aux affaires…

Son monde politique, Henri Proglio le connaît donc sur le bout des doigts. D’autant mieux que la Générale des eaux (rebaptisée Vivendi puis Veolia) a offert plus souvent qu’à son tour un poste ou des missions de secours aux personnalités momentanément sur le carreau. A droite, cela va sans dire, comme en témoigne l’embauche en début d’année de Michel Roussin, ancien directeur de cabinet à la mairie de Paris de Jacques Chirac ou les contrats passés avec l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin, écarté cet été pour cause de haine sarkozyste. Dans les rangs socialistes, Jean-Noël Guérini (président de la fédération PS des Bouches-du-Rhône), Anne Hidalgo (maire adjointe PS de Paris) ou Monique Lang (femme de l’ancien ministre de la Culture) y ont trouvé quelque temps refuge.

Aux commandes de Veolia, Proglio ne déroge pas à la tradition maison. Pour conseil en communication, il a choisi Stéphane Fuchs, le patron d’Euro-RSCG. Formé à l’école Séguéla après un passage au cabinet de Michel Rocard en 1984, ce dernier est de longue date introduit dans les réseaux jospiniens : l’ex-ministre de l’Economie, aujourd’hui directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn fut de ses clients ; le député PS Manuel Valls est de ses amis, tout comme Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient, aujourd’hui conseiller officieux de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité.

A ratisser si large on gagne en impunité sur la place publique une fois les jeux faits. Mais pour emporter la timbale, il faut davantage. Chiraquien, Henri Proglio n’a pas négocié suffisamment tôt son rapprochement avec la sarkozie pour que le chef de l’Etat le perçoive a priori comme incontournable. Le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, a fait l’interface. Proglio et Borloo ont un proche en commun en la personne de Stéphane Richard, ex de Veolia, et de Bercy. Surtout, le ministre a la confiance du second homme fort du régime : Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée. Atout gagnant.

Inédite et fracassante. La nomination en Conseil des ministres ce matin d’Henri Proglio au poste de PDG d’EDF est à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire déjà mouvementée des nominations de patrons d’entreprises publiques.

Ainsi, non content de cumuler (une première pourtant) la fonction de président du conseil d’administration chez Veolia avec celle de patron d’EDF, Henri Proglio a jeté le trouble dans le landerneau du secteur énergétique français. Dans des déclarations aux Echos, il s’est senti autorisé à lâcher trois bombes. La première : EDF sera un «actionnaire d’accompagnement de Veolia», dont la stratégie sera pourtant définie par… lui-même. Ensuite : «Il faut que la filière nucléaire française se range derrière EDF.»

En clair, Henri Proglio ambitionne de mettre Areva sous sa tutelle, et même d’entrer au capital de sa filiale Areva NP, en charge de la fabrication des réacteurs. Enfin, il refuse catégoriquement la réforme de l’ouverture du marché français de l’électricité, pourtant négociée par Matignon avec Bruxelles, au nom d’un«si c’est pour faire faire ça, ce n’était pas la peine d’être nommé». N’en jetez plus.

Le plus sidérant dans tout cela est l’assourdissant silence de la classe politique sur des sujets qui, au minimum, nécessiterait un embryon de débat public. Certes, François Bayrou, le patron du Modem, continue à dénoncer le fait «qu’on ne devrait pas être à la tête d’une entreprise publique en ayant à l’esprit l’intérêt d’une entreprise privée». Mais dans un quasi désert. La gauche ? Le Parti communiste et la CGT ne disent rien. Et au Parti socialiste, la députée de Moselle Aurélie Filippetti, en charge des questions énergétiques, est presque seule pour dénoncer «une confusion d’intérêts et de genres douteuse».

Plus intriguant encore, ni l’Elysée ni Matignon n’ont cru bon devoir recadrer l’impétueux, qui venait pourtant de contredire les récentes déclarations publiques de Nicolas Sarkozy et de François Fillon sur le sujet. Seule Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, a osé demander à Proglio de «s’occuper d’abord de ses dossiers». On a connu recadrage plus violent. La clé de ce mystère est à chercher du côté des réseaux, aussi denses que diversifiés, de Proglio. Si l’homme agace déjà Bercy et certains hauts conseillers à l’Elysée, il sait qu’il peut compter sur le soutien total de Claude Guéant, le secrétaire général du Château, et de Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Ecologie. Deux hommes qui se sont beaucoup agités pour sa nomination.

Ce bonhomme n’aime guère la publicité. Alexandre Djouhri, homme de l’ombre par excellence, porte plainte dès que l’on prononce son nom. On prend le risque. «L’homme sans qui Henri Proglio n’est rien», selon un ancien dirigeant de Veolia, a superbement orchestré sa bascule du chiraquisme vers le sarkozysme. Djouhri, natif du «93», est la preuve vivante que l’ascenseur social n’est pas toujours en panne.

Proche d’Antony Delon dans les années 80, il tutoie depuis les patrons du CAC 40, s’immisce dans les négociations de haut niveau. Quitte à se prendre pour le patron : «Je vous arrête, c’est moi qui parle. Henri [Proglio, ndlr] n’est pas un général, c’est un petit soldat.» C’est du moins ce qu’ont entendu un jour des négociateurs face à Veolia. L’entourage de Proglio dément : «Henri n’est pas du genre à se laisser couper le sifflet comme ça.»

Djouhri semble en tout cas maître de l’alternance : intime de Maurice Gourdault-Montagne, conseiller diplomatique de Jacques Chirac à l’Elysée, il a su très bien vendre son carnet d’adresse auprès de Claude Guéant, secrétaire général de Nicolas Sarkozy. Mais aussi de Bernard Squarcini, le très sarkozyste directeur des services de renseignement (DCRI, issue de la fusion entre DST et RG), lequel lui a un jour rédigé cette attestation d’honorabilité : «Rien de défavorable n’a pu être démontré concernant l’intéressé.» Juste cette peccadille : en décembre 2004 à l’hôtel George V, en marge d’une négociation sur l’implantation de Veolia au Moyen-Orient (eldorado des marchands d’eau, qui mijotent de mirifiques usines de dessalement), Djouhri ne peut s’empêcher de faire le coup-de-poing avec un autre intermédiaire.
Sous Chirac, il négociait des contrats dans les pays arabes ; sous Sarkozy, il est missi dominici en Angola. Outre Rachida Dati (intime de Proglio qui l’avait invité à la soirée du Fouquet’s), l’intermédiaire semble faire le lien au profit de Veolia. Cet été, Djouhri paradait dans les rues de Saint-Tropez en compagnie de Villepin. Epoque encore récente où l’ex-Premier ministre ayant pris la robe faisait office d’avocat du groupe Vivendi.

Publié par Rimbus:

En lisant la presse, et en dédaignant les gros titres, ou les annonces d’actualité, un nom apparaît et mérite qu’on s’y intéresse.
Ahmed Djouhri, dit M. Alexandre, est un curieux homme d’affaire, actionnaire important de Véolia. En effet, il n’est pas donné à tout le monde de côtoyer les principaux dirigeants français, tout en restant dans l’ombre et anonyme.

Encore une fois, c’est le webzine Bakchich qui apporte le plus d’informations sur ce monsieur au passé trouble. La presse la plus sérieuse mentionne aussi les petites mésaventures de Ahmed Djouri.
Ainsi Libération s’y intéresse il y a un an: « Un homme du milieu ayant ses entrées à l’Elysée ? La trajectoire singulière d’Alexandre Djouhri ne cesse d’intriguer. Natif de Seine-Saint-Denis, il fréquente aujourd’hui, après avoir encaissé quelques coups de feu dans les années 80, le gratin du patronat : Henri Proglio (Veolia), Arnaud Lagardère (EADS), après s’être glissé dans le sillage d’André Tarallo (Elf). Surtout, Alexandre Djouhri est proche de Maurice Gourdault-Montagne, conseiller diplomatique de Jacques Chirac, qui lui a confié la maîtrise des contrats d’armements dans les pays arabes. »

Djouhri, nous apprend Libération, bénéficie da la protection de Bernard Squarcini, premier flic de france, qui lui délivré un certificat de moralité en 2005. Sans doute pour étouffer les rumeurs concernant sa jeunesse sulfureuse détaillées par le quotidien. Il poursuit en mettant en évidence les contacts entre Sarkozy et Djouhri :
« Installé en Suisse depuis 1995, il a entretemps monté une société spécialisée dans le pétrole, puis l’eau et les déchets. «Il est ultrarelationné», dit de lui un ancien dirigeant de Vivendi. Le loustic fait désormais dans le big business. Cela se pratique théoriquement dans la discrétion. Le naturel revenant parfois au galop, Alexandre Djouhri vient d’être renvoyé devant le tribunal de police pour coups et blessures, à l’occasion d’une négociation portant sur le Moyen-Orient dans une suite de l’hôtel George-V, qui a viré au pugilat.
Malgré ce regrettable incident, on se l’arrache en haut lieu. En avril, Bernard Squarcini, grand flic d’obédience sarkozyste, a organisé un rendez-vous entre Alexandre Djouhri et Nicolas Sarkozy, en présence de son directeur de cabinet Claude Guéant. Selon Intelligence Online, qui avait révélé cet entretien «secret» dans un palace parisien… »

Mais Ahmed-Alexandre Djouhri, comme l’explique Bakchich, a été formé a bonne école : l’école Pasqua, réputée pour son sens aigu de l’honnêteté. Sans doute les rencontre avec andré tarallo et Alfred Sirven lui ont fait comprendre l’intérêt pécunier de jouer les intermédiaires dans les affaires d’état.

Et puis ces messieurs de première moralité lui auront rapidement fait apprécier les charmes de la Confédération Hélvétique. Il y crée une société (DIM) en 1987 (dissoute en 2000), et se lie au baron de l’eau, Bernard Forterre de Vivendi. Ce monsieur aux méthodes irréprochables* l’introduit dans la maison, avant d’être éjecté par Messier. Djouhri se lie très vite avec le député UMP Alain Marsaud, le monsieur sécurité de Messier, et s’attire les bonnes grâces de Henri Proglio qui utilise ses reseaux et ses méthodes musclées. Djouhri possèderait 8 % de Véolia, et on dit que sans lui, Henri Proglio, l’ami de Rachida Dati, ne serait rien.

Alexandre Djouhri est partout, chez EADS, dans les déjeuners de direction en 2005 avec Arnaud Lagardère, Noël Forgeard, président d’Airbus, et Maurice Gourdault-Montagne, conseiller de Jacques Chirac ; dans les salons de l’hôtel Georges V en 2004 où il fait le coup de poing avec son ami Marsaud contre Mohamed Ajroudi au sujet d’une filiale au Moyen-Orient, appelée Veolia Middle East (VEM) et qui les accuse d’avoir exigé 20 % du capital de la société sans contrepartie aucune…

Voici que la justice ouvre le mois dernier une enquête sur Véolia, et que l’ombre de Djouhri plane à nouveau :
D’après le journal L’Express, Le 4 octobre, la police a saisi des documents au siège de Veolia pour tenter de trouver la trace de commissions occultes qu’aurait versées le groupe pour obtenir un contrat à Abou Dhabi. selon Emmanuel Petit, ex-administrateur de la Sidem, une filiale du groupe spécialisée dans le dessalement de l’eau de mer, 18 millions de dollars (sur un contrat de 200 millions) ont fini dans la poche d’intermédiaires.
L’homme est en conflit avec Veolia depuis l’altercation qui a opposé un milliardaire d’origine algérienne à un gestionnaire de fortune moyen-oriental, à l’hôtel George-V, à Paris, en décembre 2004. Cette bagarre avait pour origine la constitution d’une société de dessalement d’eau au Moyen-Orient. C’est à l’issue de cette sombre histoire que Veolia a remercié Emmanuel Petit.

Voilà donc ce que la lecture attentive de la presse permet de découvrir sur un parfait inconnu du grand public, mais qui mérite amplement de faire parler de lui. Tout n’est pas transparent dans la république sarkoziste, et un petit éclairage est parfois nécessaire. A travers Veolia et Henri Proglio, l’ami de Rachida Dati, il a ses pistons au ministère de la justice, il se prévaut de la protection du premier flic de france et connait personnellement les affairistes les plus puissants. Il a juste la sagesse d’éviter de trop faire parler de lui. Qu’il veuille bien m’excuser de froisser sa modestie et de le mettre en lumière, les humanistes de ce genre sont assez rares !

La position de Djouhri est confortable, c’est celle du commissionnaire.

RIMBUS