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Procès Alstom en république bananière

Comptes en Suisse, cadeaux, argent liquide, services mutuels… Jeudi 12 janvier au procès Alstom, plus que le simple versement par le groupe énergétique d’une commission de plus de cinq millions de francs à l’Etat, l’accusation a cherché à mettre au jour les rouages d’une vaste corruption durant les années où Charles Pasqua était ministre de l’Intérieur (1993/1995). Pour la procureure, Marie-Christine Daubigney, « les faits sont d’une extrême gravité. Au plus haut niveau de l’Etat et d’un groupe industriel, chacun a accepté de donner à ce pays une excellente note au palmarès de la corruption ».

L’affaire remonte à 1994, quand Alstom – alors GEC-Alsthom – voulait déménager les bureaux de sa division transports de La Défense, dans les Hauts-de-Seine, vers Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. L’enquête a révélé que, pour obtenir le feu vert de la Datar, Alstom a accepté de payer 5,2 millions de francs (soit 770 000 euros) sur un compte en Suisse dont l’ayant droit était Etienne Léandri, un proche de Charles Pasqua. Après être passé par plusieurs sociétés écran, cette somme finit sur un autre compte suisse qui appartient lui à Pierre Pasqua, le fils unique du ministre, contre lequel Mme Daubigney a requis deux ans de prison ferme.

Les trois dirigeants d’Alstom mis en examen (Pierre Bilger, ex-PDG de GEC-Alsthom, Claude Darmon, ex-responsable transport et l’ancien directeur financier Bernard Lebrun) sont persuadés que cet argent devait servir « à financer Charles Pasqua ». Mais le tribunal correctionnel de Paris a bien peu d’interlocuteurs pour vérifier cette hypothèse: Etienne Léandri est décédé, Pierre Pasqua est resté à son domicile tunisien – malgré un mandat d’arrêt international – et son père, en tant qu’ancien ministre de l’intérieur doit être jugé par la Cour de Justice de la République.

UNE COMMISSION NÉGOCIÉE AVEC PLUSIEURS INTERMÉDIAIRES

Chritian Roos, ancien consultant en restructuration d’Alstom, raconte à la barre comment on a fait comprendre progressivement aux responsables de la société qu’il faudrait ajouterdes « éléments financiers » à leur dossier de déménagement pour convaincre Charles Pasqua, élu des Hauts-de-Seine, de laisser l’entreprise quitter La Défense. A l’époque, c’est M. Roos qui conseille aux dirigeants du groupe de rencontrer Pierre-Henri Paillet, dirigeant de la Datar, qui dépend de l’Aménagement du territoire, placé sous la responsabilité de Charles Pasqua. C’est encore lui qui fait passer auprès de la direction d’Alstom les messages d’Etienne Léandri concernant « les difficultés du Quotidien du Maire », une publication proche de Charles Pasqua, pour laquelle « il faudrait une contribution de 10 millions de francs ».

Alstom se résoud à négocier et tombe d’accord avec Etienne Léandri sur la somme de 5,2 millions de francs. Et Christian Roos, doit expliquer pourquoi il a reçu de lui 400 000 francs en liquide dans un sac plastique. Il s’agissait, assure-t-il, du paiement de « services » qu’il avait rendus à Léandri pour ses affaires en Espagne, notamment, sa villa de Marbella avait des problèmes de mur mitoyen avec le roi Fahd. Rien à voir donc avec Alstom selon M. Roos.

Etienne Leandri, dont personne ne peut dire en quoi consistaient vraiment ses activités a encore offert une montre Rolex à M. Paillet de la Datar, entre autres cadeaux. Il s’est aussi servi lui même au passage.La procureure cite un virement de 30 000 deutsche marks à sa compagne, un autre de 110 000 francs à une de ses sociétés.

Quant au Quotidien du Maire, il sera bien renfloué par M. Léandri, « mais dans l’affaire de la Sofremi », dit la procureure, un dossier dans lequel est aussi impliqué Pierre Pasqua et qui concerne le versement de commissions présumées occultes par cette société d’exportation d’armes qui dépendait du ministère de l’Intérieurentre 1991 et 1995. « Le Monde ».

Chirac, Pasqua et Cie, et avant Mitterrand Family, Giscard le diamantaire, et aujourd’hui Sarkozy-Darty,de quoi épuiser un stock de machine à laver pour blanchir la noirceur d’une république bananière pourtant bien française…